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Portail d'information du Réseau d'organisations de la société civile Camerounaise œuvrant pour les Tics et le développement durable du Cameroun

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L’APE sauve la banane Camerounaise mais inquiète le reste

La signature de l’APE a sauvé momentanément la banane camerounaise, mais quand l’Europe pourra y exporter 80% de ses produits en franchise de douane, la note risque d’être salée.


 

« Cette signature ouvre la voie à un accord de partenariat économique complet entre l’Afrique centrale et l’Union européenne », avait tenu à préciser le Ministère camerounais de l’économie, du plan et de l’aménagement du territoire après la signature, le 15 janvier dernier, de l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne, contraint de briser, une nouvelle fois, le pacte pris avec les autres pays de l’Afrique centrale et de l’Union africaine plus généralement. Le Cameroun n’est toutefois pas seul à avoir fait ce choix. Il rejoint la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Gabon et les pays de l’Afrique de l’Est.

 

Affronter la concurrence

Avec le Gabon, le Ghana et la Côte d’Ivoire, le Cameroun fait partie des pays africains non éligibles à la clause « Tout sauf les armes » qui permet aux pays les moins avancés d’exporter en franchise de douane dans l’Union européenne toute marchandise hormis les armes. La non-signature de l’APE n’a donc de fait aucune incidence pour ces pays puisque cette clause se substitue aux accords de Cotonou qui leur octroyaient un régime préférentiel en Europe.

« Comment le fabriquant de bougies de Mvog-Ada, qui squatte un pan de la maison familiale, pourra-t-il affronter la concurrence des bougies françaises exonérées de droits de douane ? »

S’agissant ainsi du Cameroun, en l’absence de tout accord commercial avec l’UE, la banane camerounaise aurait dû, en vertu des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui régirait désormais les échanges entre les deux parties, affronter la concurrence de « la banane dollars américaine », plus compétitive. Grâce à la signature des accords d’étape, la banane camerounaise n’est plus soumise aux licences et autres quotas d’importation qui restreignaient son entrée sur le marché de l’Union européenne. La banane camerounaise, qui a déjà enregistré une augmentation de ses exportations passées de 221 432 tonnes en 2007 à 270 000 tonnes en 2008, devrait tirer encore davantage partie de la hausse de 18% des cours sur le marché international.

 

Tout bénéfice

Alors l’APE, tout bénéfice pour le Cameroun ? C’est trop dire. C’est le président Paul Biya lui-même qui a semble-t-il pris la décision de signer. C’est dire que le débat était loin d’être gagné pour la signature. L’accord intérimaire impose au Cameroun de libéraliser 80% de ses importations en provenance de l’Union européenne sur une période de quinze ans. Les conséquences en sont évidentes. En premier, la chute des recettes douanières. Le Ministère des finances avait commandité une étude à une équipe pluridisciplinaire comportant experts du gouvernement et universitaires. Selon ses conclusions, l’Etat va perdre entre 4 et 129 milliards FCFA (6 et 196 millions d’euros) de recettes fiscalodouanières entre 2010 et 2023. Au total, sur vingt ans, le trou s’établirait à un total de 13 000 milliards FCFA (20 milliards d’euros). Ces chiffres sont toutefois contestés par l’Union européenne qui les juge inutilement alarmistes. Le véritable débat n’est certainement pas sur les montants, mais plutôt sur la baisse inéluctable des capacités d’investissements dans des Etats où seule la puissance publique investit dans les secteurs sociaux tels que l’éducation, la santé, l’environnement et les infrastructures. Des besoins croissants, qui plus est.

 

Disparition

L’Union européenne répond en promettant de débloquer des montants compensatoires. Les chiffres rendus publics pour l’Afrique de l’Ouest montrent que le compte n’y sera pas. 600 millions d’euros pour les quinze pays d’Afrique de l’Ouest !

Plus préoccupant encore, la disparition de l’embryon industriel naissant. Les entreprises nationales camerounaises, bien évidemment, ne pourront soutenir la concurrence des entreprises européennes d’un autre niveau technologique. Le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM) révèle que l’indice de la production industrielle a reculé de 3% en 2008 par rapport à 2007, alors que les APE n’étaient pas encore entrés en vigueur. Qu’en sera-t-il après ? Comment l’industrie camerounaise pourra-t-elle faire face, avec la lancinante question du coût et de la qualité de l’énergie électrique, à la pression fiscale qui pourrait encore augmenter pour compenser la baisse des revenus douaniers, le déficit d’infrastructures et de gouvernance. « Comment le fabriquant de bougies de Mvog-Ada, qui squatte un pan de la maison familiale, pourra-t-il affronter la concurrence des bougies françaises exonérées de droits de douane », s’interroge-t-on à Douala. Ce sera au grand bonheur des consommateurs camerounais, mais sans doute au détriment du producteur local.

Le 12 juillet 2007, plusieurs acteurs de la société civile de l’Afrique centrale avaient adressé aux autorités régionales une plateforme en douze points sur les APE. Elle résume bien les préoccupations essentielles. Ne pas tuer l’intégration régionale, alors que l’UE, tout en proclamant l’encourager, la fait voler en éclats en obligeant certains pays à rompre le consensus régional, ne pas oublier les droits humains tels que le droit à l’alimentation. Or l’accord ne tient aucun compte de l’agriculture qui occupe 60% de la population africaine et contribue pour plus de la moitié du PIB de certains pays africains, et que l’Europe n’entend pas mettre un terme à la subvention de son agriculture.

La société civile estime aussi que les APE doivent être l’occasion de rapatrier les comptes d’opération de la zone franc. Elle veut aussi être partie prenante du débat, comme promis, mais pas appliqué.

Les APE pourraient provoquer une véritable révolution des modèles de développement en Afrique. C’est peut-être le seul aspect qui pourrait se révéler positif.

 
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