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Pour la première fois depuis 2001 qu’il a été porté à la tête de l’Agence française de développement (Afd), Jean-Michel Severino est au Cameroun. Le directeur général de l’Afd a en effet entamé un périple depuis lundi dernier, 9 février, dans le pays de Paul Biya. A Yaoundé, Jean-Michel Severino a signé mardi 10 février un accord avec le ministre camerounais de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Mineplat), Louis Paul Motaze, en présence du Premier ministre, Ephraïm Inoni. L’accord porte sur quelque 30 milliards Fcfa destinés au financement de la seconde tranche du Contrat de désendettement et développement, le C2D, entre le Cameroun et la France. Une somme qui sera consacrée exclusivement à l’éducation. Notamment en ce qui concerne la réhabilitation des infrastructures : réfections des salles de classe, construction de nouveaux bâtiments scolaires, etc. La première tranche, d’un montant de 25 milliards Fcfa, avait porté sur la formation des enseignants et des programmes éducatifs.
Jean-Michel Severino a saisi l’occasion pour faire des projections sur l’avenir. L’on sait d’ores et déjà qu’un autre contrat va être signé après 2011. Selon ses explications, l’Afd étudie avec le gouvernement camerounais de nouveaux investissements, sur prêt cette fois, pour des infrastructures comme les sorties Est et Ouest de Douala. Parlant justement de la capitale économique du pays, Jean-Michel Severino y rencontre ce matin les membres du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam), au siège du patronat. Les échanges vont porter sur la relève des défis de la croissance dans le cadre du partenariat avec le secteur privé. Un sujet important au regard des domaines d’investissement de l’Afd.
Réalisations, mais…
Les interventions de l’Agence française de développement s’inscrivent dans le cadre du Document stratégique de réduction de la pauvreté (Dsrp) adopté en 2003 par le Cameroun. Elles visent à promouvoir la croissance économique en se concentrant sur la santé, l’éducation de base, les infrastructures, l’agriculture et la sécurité alimentaire. Elles apportent également leur concours au programme sectoriel forêt et environnement (Psfe). De 2000 à 2008, l’Afd a octroyé 119,2 millions d’euros (environ 77,48 milliards Fcfa) de concours au Cameroun. Ces investissements sur sept ans étaient essentiellement des prêts concessionnels à l’Etat. L’agence a par ailleurs décaissé 32 millions d’euros (soit 20,8 milliards Fcfa) par an sur la même période, soit le double du montant moyen engagé du fait de la mise en œuvre des concours octroyés avant 2000. Le C2D constitue, en volume, le principal instrument financier de la coopération franco-camerounaise.
L’Afd octroie également des prêts à des sociétés publiques ou privées, et propose un dispositif de garantie pour les investissements des petites et moyennes entreprises ou institutions de micro finance. Proparco, sa filiale de Douala, a pour sa part investi 45 millions d’euros (29,5 milliards Fcfa) au Cameroun avec six opérations dans les secteurs de la téléphonie mobile, de l’agro-industrie et de l’industrie forestière, du transport ferroviaire, de la banque et de l’assurance.
A priori, les Camerounais pourraient se réjouir au regard d’autant de “ bienfaits ”. Mais, – et c’est pour cela que la rencontre de ce matin paraît importante – les entreprises camerounaises ont des choses à redire. Elles estiment en effet que les ouvrages financés entièrement ou en partie par l’Afd ne leur profitent pas. Les entreprises françaises seraient en effet prioritaires dans l’attribution des marchés du C2D par exemple, un peu comme si la France donnait de la main droite et récupérait de la gauche. La réponse en face est sèche. “ (…) Sur 115 milliards Fcfa affectés au volet de travaux, 110 milliards 900 millions Fcfa sont aujourd’hui attribués. Les entreprises camerounaises ont bénéficié de 66,4 milliards Fcfa contre 26 milliards Fcfa pour les entreprises françaises souvent de droits camerounais, et 18,5 milliards Fcfa pour les sociétés d’autres nationalités (…) ”, expliquait Georges Serre, ambassadeur de France au Cameroun, dans une interview accordée au Messager le 17 octobre 2008. A chacun de tirer une conclusion.