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Il faut bien des siècles pour qu'à voix basse l'Église accepte qu'un pape ait pu se tromper. Qu'un pape s'explique sur une de ses décisions, est un événement. Benoît XVI a adressé une lettre à tous les évêques de l'Église catholique. Sa Sainteté a considéré qu'il lui fallait se justifier. Ce qui en dit long sur le doute désormais installé au Vatican. Quel est ce doute ? De ne pas être en phase avec la communauté des croyants et des pratiquants. Car ce qui est advenu lors de l'insensée levée d'excommunication d'un évêque négationniste, Mgr Williamson - qui ne veut pas croire à l'Holocauste, car il n'a pas de preuves, mais croit en Dieu -, arrive au pire moment.
Le cardinal Ratzinger, voix autrefois écoutée de Jean-Paul II, expert en droit canon, est devenu un pâle Benoît XVI inquiet pour son Église et persuadé que le salut ne viendra que dans le rassemblement de tous les fidèles d'où qu'ils viennent. Une phrase traduit magistralement cette fracture : « Nous devrions suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par Internet. » Ces seuls mots donnent le vertige et indiquent à quel point cette Église exerce son apostolat en peinant à voir le monde tel qu'il est.
Au moment où l'affaire négationniste éclatait, une autre est survenue au Brésil. Une petite fille de 9 ans était violée. Sa mère décida d'un avortement. L'évêque Mgr José Cardoso Sobrinho prononça l'excommunication de la mère et des médecins. Cette Église d'Amérique du Sud à la mitre en visière, ces prélats aux convictions d'un temps d'Inquisition, ne sont pas là par la seule grâce de Benoît XVI. Ils sont arrivés il y a vingt ans par réaction à l'influence de l'Église de la théologie de la libération. Cette dernière se voulait proche du peuple, compatissante, pauvre avec les pauvres. Elle suivait le message christique qui ébranlait la hiérarchie et les dogmes. Elle en fut condamnée. Il est aujourd'hui à craindre que ces choix anciens ne soient finalement les mêmes qui ont conduit vers le trône de saint Pierre un pasteur rétrograde, dogmatique, persuadé que la plus ferme et obscure des théologies peut sauver son Église. Comme si cette Église du siècle d'Internet avait encore les moyens d'interdire des textes ou d'encadrer la pensée. Pauvres temps !