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L'informaticien et économiste Jacques Bonjawo lance dès le mois prochain, un programme de télémédecine dans son pays, en partenariat avec plusieurs institutions internationales dont l'Unessco. Dans un grand immeuble à plusieurs niveaux, nouvellement construit au quartier Tsinga, non loin de l'école de police à Yaoundé, Jacques Bonjawo est très visible et actif ces derniers temps.
Discrètement, il y arrive, même plusieurs fois par jour. C'était encore le cas vendredi 27 février dernier. C'est alors que l'on apprend que Jacques Bonjawo installe là-bas un projet initié par la start-up américaine Genesis Futuristic Technologies, l'entreprise indo-américaine qu'il dirige depuis son départ de Microsoft. C'est en fait un ambitieux programme qui consiste à mettre la technologie au service de la médecine en Afrique en commençant par le Cameroun.
En clair, il veut y faire de la télémédecine. C'est-à-dire une pratique de la médecine qui s'appuie sur les moyens de télécommunications et des technologies modernes afin de permettre la prestation de soins de santé, l'échange de l'information médicale et la consultation à distance. "
J'estime en effet que l'adoption de la télémédecine chez nous, tout comme dans des pays comme l'Inde et la Chine, est une mesure appropriée pour faire face aux difficultés qui touchent le secteur des soins de santé : la croissance démographique, l'évolution des maladies et l'augmentation des dépenses des prestations de soins. Dans ce contexte, la diversification des services médicaux et la maximisation de l'emploi des technologies modernes sont les meilleures solutions ", confie-t-il au reporter du Messager.
Désenclaver les zones rurales
Pour Jacques Bonjawo, il s'agit de désenclaver les zones rurales camerounaises en assurant l'accès du plus grand nombre de malades aux spécialistes. La consultation à distance ou téléconsultation étant, explique-t-il, un moyen permettant d'accéder en temps réel à une expertise médicale, quelle que soit la situation géographique du patient ou de l'information le concernant.
Outre la rapidité du diagnostic, cette application évite au patient des déplacements coûteux et souvent inconfortables. " Par exemple, un patient qui se trouve à Abong Mbang ou à Maroua, pourrait bénéficier d'un électrocardiogramme et ses données seront transmises en temps réel au centre par le biais du réseau informatique. Avec les informations reçues, les médecins du centre pourront immédiatement donner au malade une consultation appropriée, et bien sûr à distance.
Grâce à des équipements modernes, ce type de consultation nécessite seulement 30 minutes. Donc, pas de contrainte de temps et de lieu ", souligne Jacques Bonjawo qui pense que cette pratique sera opérationnelle au Cameroun dès la fin de ce mois de mars 2009. Il entend démarrer avec quatre sites pilote.
Puis, en fonction des progrès réalisés, il envisage étendre son programme sur l'ensemble du territoire national. " Cette démarche nous paraît nécessaire, car la télémédecine a le potentiel de réduire le gap de l'inégalité de qualité dans les services de soins de santé entre les zones urbaines et les zones rurales. Elle renforce aussi les médecins isolés en zone rurale qui peuvent dès lors avoir accès à une base de connaissances ", affirme-t-il.
Ce programme devrait rapidement être élargi à d'autres pays africains, déclare son promoteur qui, pour cette phase pilote, se consacre au Cameroun. Ses sites basés en milieu rural, seront connectés à un serveur principal à partir duquel des spécialistes locaux de réputation mondiale, comme les cardiologues Wali Muna et Samuel Kingué, le chirurgien Pierre-Marie Noundou, et bien d'autres praticiens qui ont une expérience dans ce domaine, établiront des diagnostics, afin de prescrire des thérapies appropriées.Le projet est porté par une société anonyme baptisée Genesis, une filiale de sa start-up. Ses collaborateurs indiens qui ont également une grande expérience dans ce domaine lui apportent leur expertise.
Une solution à l'automédication ?
Au Cameroun, l'automédication est une pratique courante. Les malades s'affranchissent des consultations médicales, en raison de leurs coûts, parfois prohibitifs pour les familles à faible revenu. Les tracasseries dans les hôpitaux publics, l'absence ou l'éloignement des structures de soins, aggravent cette situation déplorable. La consultation chez des vendeurs clandestins au quartier s'érige ainsi en règle.
Ces individus sans aucune formation en pratique médicale, sont devenus des " docta ", c'est-à-dire, personnel soignant, pour beaucoup de Camerounais. Ils consultent, prescrivent, et soignent, sans scrupule, dans leurs comptoirs de fortune érigés en bordure de route ou dans les marchés informels. Leurs prestations, bon marché, permettent alors à ces populations démunies de bénéficier des soins, moins chers.
Mais le risque est grand de se faire plus de mal. Qui ne se souvient de ce professeur des lycées et collèges, en service dans un établissement à l'Est Cameroun, qui est passé de vie à trépas il y a quelques années, après avoir ingurgité des médicaments achetés sans ordonnance médicale, chez ces " docta " ? Comme lui, de nombreux camerounais mettent leurs vies en danger en faisant fi du conseil prodigué par le corps soignant à travers la planète ; conseil selon lequel, il est recommandé d'éviter à tout prix, de se procurer des médicaments sans avoir consulté au préalable.
Le programme de télémédecine de Jacques Bonjawo apparaît comme une solution à ce problème grave au Cameroun où les médecins sont concentrés dans les capitales. Et l'accès à ces derniers n'est même pas évident pour les bourses faibles. Dans la brousse, ces médecins sont beaucoup trop peu, voire inexistant dans certains blegs. En plus, les moyens matériels et techniques leur manquent parfois cruellement, lorsqu'il faut subvenir aux besoins du patient, en diagnostiquant tout simplement sa maladie. C'est là que la télémédecine entre en jeu.