Portail d'information du Réseau d'organisations de la société civile Camerounaise œuvrant pour les Tics et le développement durable du Cameroun
Propos liminaires de Charlie TCHIKANDA
Répondant Juridique de la Coordination.
Messieurs les journalistes,
A la suite de Madame Madeleine AFITE, Coordinatrice de l’Acat Littoral hôte de la présente rencontre, je voudrais vous souhaiter à mon tour la bienvenue au nom des associations membres de la Coordination Nationale des Observatoires régionaux.
Le 25 Février prochain les Camerounais se souviendront du déclenchement des émeutes qui ont secoué le pays en 2008. Le point de presse de ce jour consacre la publication officielle du rapport de l’Observatoire National des droits de l’homme sur ces évènements.
En effet la dernière semaine du mois de Février 2008 aura été au Cameroun l'une des semaines les plus chaudes que le pays ait connues dans son histoire et pour cause : les citoyens et surtout les jeunes se sont levés comme mus par une force invisible, irrésistible, dans cinq provinces (aujourd’hui régions) sur les dix que compte le Cameroun pour brandir des revendications multiformes, ponctuées par des manifestations violentes. Les Camerounais protestaient ainsi contre le projet de révision de l’article 6 al2 de la Constitution et contre la vie chère.
Pendant plus de cinq jours, cinq principales villes du pays Douala, Yaoundé, Bafoussam, Bamenda, Buéa ont été paralysées par des émeutes dont l’ampleur et l’étendue des dégâts n’avaient d’égal que les conditions de précarité dans lesquelles vit le petit peuple, et qui ont entraîné un malaise social et politique généralisé.
Dans une déclaration à la Nation le 27 février, le Président de la République a dénoncé dans un ton empreint de colère et de mépris, les « apprentis sorciers » qui ont manipulé les bandes de jeunes auxquels se sont mêlés des délinquants pilleurs et assuré que tous les moyens légaux dont dispose le gouvernement seront utilisés pour que force reste à la Loi.
La voie était ainsi ouverte à la répression par la violence d’Etat inimaginable dans un pays qui se veut démocratique. Cette violence d’Etat s’est traduite par l’usage de la force létale de manière « injustifiée, excessive, indiscriminée et inconsidérée ». En effet toutes les forces ont été mobilisées avec des moyens souvent disproportionnés quand on sait qu'on avait devant soi des populations aux mains nues : les militaires (pourtant forces de 3é catégorie) sortis des casernes avec des chars et des hélicoptères ; la police et la gendarmerie avec des unités spéciales de lutte contre le terrorisme comme le GSO, ESIR et le BIR se sont investies sur le terrain avec des armes à feu tirant à balles réelles. Même la garde présidentielle s’est mêlée dans la danse. De toute évidence, le bilan était proportionnel aux moyens militaires déployés : des morts (plus d’une centaine), des arrestations en très grand nombre et des pertes économiques estimées à des centaines de millions de francs Cfa.
La justice qui aurait pu rétablir l’équilibre d’une balance manifestement en faveur de la puissance publique a fait étalage de son manque d’indépendance, apportant ainsi la preuve de son assujettissement au Pouvoir exécutif. De nombreux innocents ont ainsi été jetés en prison avec à la clé de lourdes peines au terme d’une parodie de justice qui a violé toutes les règles de procédure. Lapiro de Mbanga et le Maire de Njombé Penja ont subi le même sort à la suite d’un procès qui avait les allures d’un règlement de compte.
Les médias nationaux et internationaux ont répercuté la situation et ont contribué à l'apaisement.
La communauté internationale et les partenaires bilatéraux du Cameroun se sont montrés très préoccupés par « les violences inacceptables d’où qu’elles viennent… » ainsi que par « les tentatives d’instrumentalisation ethnique qui ont suivi ».
Les Organisations de la Société Civile notamment celles qui font partie de l’Observatoire Nationale des droits de l’homme, à travers ses membres disséminés dans des villes camerounaises ont rassemblé des faits, élevé leur voix et sont intervenues dans leur champ de prédilection pour veiller là où c'était possible à apporter une assistance judiciaire aux nombreux citoyens qui ont fait l'objet des arrestations et plaider pour une justice respectant les normes reconnues en la matière.
Tout ce travail a été consigné dans un rapport dont nous avons l’honneur et le plaisir de vous le présenter aujourd’hui.
Le rapport est un document de 34 pages. Il est intitulé : « Cameroun :Une répression sanglante à huis clos ». Vous y trouverez :
à la première page la présentation de l’Observatoire National des droits de l’homme ;
Les pages 3 et 4 présente le sommaire et le Cameroun en image ;
L’introduction se trouve en page 5. Il situe le lecteur sur les enjeux de la crise et sur les difficultés rencontrées lors des enquêtes sur le terrain ;
Les pages 6 et 7 brossent le contexte général du pays avant les émeutes sur les plans politique, économique et social ;
de la page 9 à la page 18, le rapport revient sur les faits tels qu’ils se sont déroulés jour après jour ;
La typologie des différents droits violés est énumérée et analysée de la page 19 à la page 24 ;
Les dysfonctionnements de la justice, les réactions de la communauté internationale et de certains partenaires bilatéraux du Cameroun sont relatés dans les pages 29 à 32 ;
La conclusion du rapport figure et page 33 et les recommandations en page 34.
Le document annexe portant les noms des personnes décédées clôture le rapport à la page 35
Il est important d’indiquer que le rapport est abondamment illuté. 25 photos au total dont deux portraits du Président de la République, une carte du Cameroun et une carte de la ville de Douala.
Trois raisons ont motivé la rédaction et la publication de cet rapport :
Capitaliser le travail réalisé par les différents observatoires régionaux ;
Perpétuer la mémoire des personnes qui ont donné leur vie pour défendre la démocratie, les droits de l’homme et les libertés ;
Avoir un document historique qui pourrait renseigner les générations futures sur ce pan de la vie des camerounais, ou inspirer les éventuels chercheurs en science politique et sociale.
Enfin, le rapport servira d’outil de plaidoyer pour une meilleure protection des droits des citoyens, notamment le respect du droit à la vie tel que stipulé dans l’article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ».
Pour terminer, il me plaît de vous annoncer que la Ligue des Droits et Liberté, chef de file de l’Observatoire de l’Ouest/Nord-Ouest publiera le 25 Févier 2009, une analyse sur l’impact des mesures prises par le gouvernement en réponse à ces évènements.
Je vous remercie pour votre aimable attention.